Voilà un morceau de Jordi qui nous fait l'honneur et le grand plaisir de participer très activement à notre forum...
Texte trouvé là:
http://www.tribords.com/content/view/117/89/
Et c'est vraiment très bon ce qu'il écrit notre ami!!!! Merci Jordi!!! je ne mets pas ton nom car je ne sais pas si tu veux le dévoiler... je te laisse décider!!!
Ecrit par "Jordi"
dimanche 24 juillet 2005
Il était une fois une famille, de gauche, qui avait décidé de participer au Larzac 2003. Le père était professeur de lettres classiques, marxiste. Pour occuper son temps libre, il traduisait Lénine en latin. C'était parfaitement inutile, mais ça l'amusait beaucoup. La mère était professeur d'éducation physique, bouddhiste. Elle était très appréciée de ses élèves, car elle leur faisait faire de la méditation, à la place du cross. C'était beaucoup moins crevant. Et ça leur permettait de terminer leurs nuits. Ils avaient trois fils, tous fumeurs de joints.
L'aîné avait fait de vagues études d'hôtellerie, et se faisait régulièrement licencié puis rembauché par les principaux restaurateurs de la Grande-Motte. Le cadet avait triplé sa troisième. Quant au benjamin, il était à la fois le plus petit élève et le dealer le plus apprécié de son collège. On l'appelait Poucet, car il n'était pas plus grand que trois barrettes de shit. On l'appelait Poucet, surtout, parce qu'il était si mou qu'il fallait tout le temps le pousser pour avancer.
Les parents trouvaient que leurs trois fils étaient trois poids mort pour eux. Ils voulaient assister aux forums. Leurs enfants voulaient voir Manu Chao. Ils voulaient écouter une conférence sur la Palestine en buvant du thé à la menthe. Leurs enfants voulaient écouter de la dub en fumant des joints. Ils voulaient s'acheter des livres de Bourdieu à cet éditeur si sympa. Leurs enfants avaient pris tous leur argent pour s'acheter des acides. Il ne pouvait y avoir aucun terrain d'entente entre eux. Voilà pourquoi ils décidèrent de les abandonner.
C'était si facile, au milieu de tous ces gens. Le soir-même, après une sieste réparatrice, ils quittèrent précipitamment leurs tentes igloos, pour aller voir un film de Pierre Carles. Les enfants, qui étaient en train de s'enfumer sous leurs canadiennes respectives, ne les virent pas partir.
Seul, Poucet, qui était le plus intelligent des trois et le plus proche de la tente igloo de ses parents, avait écouté leur conversation, et ce faisant, il avait ramassé des petits cailloux blancs, qu'il avait mis dans la poche kangourou de son sweat à capuche. Il les suivit, et sema des cailloux blancs jusqu'au lieu où ils étaient.
Ainsi toute la soirée, les trois fils purent continuer à s'enfumer sans le moindre soucis. Ni celui de ne pas retrouver leurs couchages après les concerts. Ni celui de perdre leurs parents et leur précieux portefeuille.
L'aîné se prit une cuite monumentale avec de la bière artisanale, et vomit du vomi artisanal jusqu'à cinq heures du matin. Le cadet suça des buvards imprégnés de LSD toute la nuit en écoutant de la techno sur la pelouse de scène electro. Poucet, lui, kiffa sur les étoiles, tout en se faisant sucer la bite par une frangine de passage à qui il avait filé dix grammes.
Mais tous les trois n'eurent aucun problème à retrouver leurs tentes pour se taper un petit somme. Et tous les trois n'eurent aussi aucun problème à retrouver leurs parents pour leur taper quinze euros.
Le lendemain, les parents, plus que jamais décidés à abandonner leurs malfaisantes progénitures sur ce site surpeuplé, décidèrent de se lever aux aurores, et d'aller déjeuner au stand des réfugiés kurdes. Poucet se réveilla en sursaut, et les vit partir.
Comme il n'avait pas pris le temps de ramasser des cailloux. Il décida pour marquer son chemin de semer du shit. Bien mal lui en a pris. Car comme le dit le proverbe « Qui perd sa boulette ne retrouve que couette. » Il lui fut impossible de retrouver son chemin. Ni celui de ses parents. Ni celui de sa canadienne. Et comme il cherchait celle-ci pour aller se recoucher, il s'éloigna progressivement du village militant.
Il traversa des fourrés, des bois de pins, de chênes verts. Il croisa moultes punks endormis ci et là dans les ravines. Puis il ne vit plus âme qui vive. Et quant il se rendit compte qu'il s'était certainement trop éloigné, il ne savait plus dans quelle direction faire demi-tour.
Il avança au hasard, et ses pas le menèrent dans une petite clairière, située au milieu d'une forêt sombre. Là, il y avait une maison. Cette maison appartenait au plus vieux baba-cool du Larzac. Le premier homme néo-rural de France.
Le premier d'entre tous qui a décidé de larguer la vie citadine pour aller élever des chèvres et faire pousser des joints. Il avait des cheveux si longs, une barbe si broussailleuse, et un regard si enfumé, que les gens du coin n'hésitaient à l'appeler... l'ogre.
Poucet fût tout de suite émerveillé par la beauté architecturale de cette maison. Le toit était fait de chanvre tressé. Les montants des fenêtres étaient constitués en bambous, qui a les voir de prêt apparaissaient être des bangs de un mètre de long. Les rideaux du papier Rizla Croix. La poignée de la porte était formée par un shilôm d'une facture magnifique. Il l'attrapa et ouvrit la porte en shit massif. Il pénétra à l'intérieur et continua à admirer tous les murs, joliment peints, à la coke. Les poutres ressemblaient à de grosses barrettes de cannabis pur, et étaient joliment décorées avec des comprimés d'amphétamines. Dans la cheminée en crack sculpté brûlait encore du feu de Marijuana et du bois de coca. Il prit une bougie d'Afghan noir et l'alluma pour s'éclairer. Il gravit les marches de résine solidifiée, et monta au premier étage. Il traversa un couloir de kif marocain. Puis tout au bout, il poussa de la main, une grande étole tissée dans de la sinsemilla.
C'était l'entrée de la chambre des filles de l'ogre. Car l'ogre était veuf.
Mais sa femme, morte d'une soufflette fatale, lui avait quand même laissé six filles, six bijoux. Elles dormaient, nues, et leurs six culs blancs éclairés par la lune brillaient dans la nuit comme des flyers technos. Leurs six culs lumineux étaient comme six invitations à faire la fête.
Et si chacun de ces culs avaient été une discothèque, c'était comme s'il avait bien connu bien le videur à l'entrée. Il put rentrer partout.
Il fit l'amour avec chacune d'elles, et changea de capote à chaque fois car il était prudent. Il prit ensuite leurs e-mails respectifs et promit de leur écrire à chacune des courriels enflammées.
Mais alors qu'il glissait à pas de velours sur le parquet enduit à l'huile de Ganjah, il entendit la lourde respiration de l'ogre dans la cuisine. Il venait de rentrer.
Il tenait dans sa main un shilôm, plus beau encore que celui qui constituait la poignée de la porte d'entrée. Il semblait de cristal. Mais la fumée qui en sortait montrait bien qu'il supportait la combustion. C'était un shilôm en pyrex. Poucet n'en avait encore jamais vu. Il n'eût qu'une pensée alors. Le voler. Puis partir.
L'ogre avait oublié son shilôm encore fumant sur la table. Il s'était vautré dans son canapé, et lisait paisiblement Charlie Hebdo. Poucet en profita. Il vola le shilôm et prit la poudre d'escampette. Mais l'ogre entendit la porte en cannabis massif grinçer.
Il vit son shilôm dans la main de Poucet. Il pensa que cela n'était pas cool. Aussi il décida de le rattraper.
Poucet n'était pas décidément un athlète. Il n'avait pas de souffle. Sa foulée était courte. Sa puissance musculaire moyenne. Son énergie, quasi nulle Aussi, il pensa qu'il était cuit.
Il s'arrêta donc, au milieu de sa course, prêt à recevoir de l'ogre les pires corrections. Mais pour se donner du courage, il décida d'aspirer une grande bouffée du shilôm tout chaud qu'il tenait dans la main. Il ne savait pas que c'était un shilôm magique. Le célèbre « shilôm de sept lieux ».
Quiconque aspire la fumée de shilôm magique est tellement défoncé qu'il se retrouve à sept lieux de là, sans même s'en rendre compte.
Il se retrouva donc, planant au-dessus du plateau du Larzac. Grâce au shilôm magique, il voyageait à de telles altitudes qu'il put aisément retrouver son chemin.
Il vit le grand village militant. Il plana au-dessus des forums, des concerts, des buvettes. Son seul soucis était de retrouver sa canadienne parmi les milliers de canadiennes qui étaient plantées à côté.
Or, encore la magie du destin, l'aida fortement dans sa tache. D'autres fumeurs de joints, comme lui, avaient trouvé les multiples boulettes qu'il avait semé.
Chacun d'eux, à intervalles réguliers, allumait leurs briquets pour faire fondre la drogue et faciliter son émiettement. Et toutes les flammes de tous les briquets de tous les fumeurs formaient une piste d'atterrissage nocturne pour notre ami Poucet.
Il retrouva ses deux frères. Il retrouva ses parents. Il n'y eût qu'une seule chose qu'il ne retrouva jamais. Son shilôm magique, qui avait du tomber de sa poche. Il chercha encore toute une partie du dimanche. Puis il laissa tomber.
Car que ça soit la boulette, le shilôm, la lutte, la foi en l'homme, si tu la perds un jour tu la perds pour toujours.
Moi perso je suis fan!!!