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forum Index du forum forumPrésentations forum"Cendrier- une version tabagique de Cendrillon- par JORDI"

Auteur : Sujet: "Cendrier- une version tabagique de Cendrillon- par JORDI"  Bas
 jordi
 Messages postés : 16
 jordi
  Posté le 02/12/2005 12:43:12
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Contisa m'a réclamé un autre conte. En voilà un pas encore publié sur le net.


CENDRIER

Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants.
Voilà c’est fini, on remballe.
Le décor était de Roger Hart.
Les costumes de Donald Cardwell.
Les bottes de Dick Rivers.
On ferme le bouquin, c’est fini.
C’est fini, c’est même pas la peine de continuer.

*

Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants.
Vous trouvez pas que c’est l’arnaque ça, ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants !
Ils ne se sont pas foulés les Grimm !
Ils t’ont collé ça partout. Ah ça ! Vous pouvez y aller. La belle au bois dormant, Blanche-Neige, Cendrillon.
Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants.
Pour commencer qu’est-ce qu’on en a foutre ! Qu’est-ce qu’on en a foutre qu’ils soient heureux et qu’ils aient eu beaucoup d’enfants ! On n’est pas la CAF nous ! On va pas leur filer des allocs !
Et puis excusez-moi mais la réalité sociale, elle est où là ? Elle est où ? On est à l’heure des familles monoparentales, faut arrêter les conneries. Les enfants on ne peut pas leur raconter n’importe quoi. Ils vaudraient mieux dire : ils divorcèrent et il eût la garde des petits le week-end. Et encore…
Parce qu’à vrai dire, ces contes ils nous laissent sur notre faim. C’est qu’on veut savoir la suite. Si les Grimm ils écrivaient pour la télé, ils seraient bien obligés d’envisager une suite, non ? Cendrillon II le retour ! Ils furent heureux, ils eurent beaucoup d’enfants, et après ?
Après c’est le début des emmerdes.
Le prince charmant, il est plus si charmant que ça. Il a le ventre boudiné dans son collant bleuté.
Cendrillon, quinze grossesses, ça l’a un peu entamé.
Lui, le jour, il est jamais là. Toujours à la chasse. Entendez qu’ « il va tirer des coups à l’extérieur ».
Elle était heureuse et elle avait beaucoup d’enfants. Mais maintenant elle est un peu dépassée par les événements. Quinze enfants, ça fait quinze devoirs d’algèbre à faire réviser le soir quand ils rentrent. Elle en peut plus.
Lui, il s’est complètement déresponsabilisé vis-à-vis de ses enfants. C’est sa vasectomie qui lui monte à la tête.
Remarque la vasectomie c’était une bonne chose, fallait arrêter les frais là.
Et elle, le jour, comme son prince charmant n’est pas là, comme ses enfants sont à l’école, elle s’emmerde.
Alors elle fume.

Elle fume tellement qu’on a fini par l’appeler « Cendrier ».
Elle passe d’une pièce à l’autre du château avec un cendrier à la main… et elle fume.
Elle va dans la salle aux armures. Elle allume une clope. Elle soupire. Puis quand elle a terminé sa cigarette, elle l’éteint dans le cendrier.
Alors elle va dans la salle aux portraits. Elle rallume une clope. Elle soupire. Puis quand elle a terminé sa cigarette, elle l’écrase… dans le cendrier.
Alors elle va dans la salle aux tapisseries. Elle allume une clope. Elle soupire. Un soupir si profond qui fait trembler les murs et qui réveille tous les fantômes familiaux :
« QU’EST-CE QUE JE M’EMMERDE !!!!! JE FAIS RIEN ! JE FAIS RIEN DU TOUT ! »
Et l’écho lui répond : « Fais rien du tout ! Fais rien du tout ! Fais rien du tout ! »

*

« Vous m’avez appelé ? fit une petite voix dans son dos.
C’était comme un gros moustique dans un halo bleuté. La première princesse venue lui aurait déjà bombé la gueule avec un insecticide. Mais c’était pas la première princesse venue. C’était Cendrier. Elle connaissait ce genre de gros moustique. C’était une fée. Une petite fée bleue.
« Je suis la fée rien-du-tout, j’apparais toujours quand une princesse touche le fond de son ennui. Vous venez de toucher le fond de votre ennui Cendrier. Je peux peut-être faire quelque chose pour vous.
- Je m’emmerde, fit Cendrier, je m’emmerde à crever.
- Je peux peut-être exaucé un vœu, fit la fée rien-du-tout, ça vous occupera. Mais attention, ce vœu ne sera valable que jusqu’à 18h30 !
- Mais la dernière fois, c’était jusqu’à Minuit, s’exclama Cendrier.
- C’est comme ça, dit fermement la fée, c’est syndical ! »

Elle savait bien ce qu’elle voulait Cendrier.
Elle avait la nostalgie d’avant, quand elle avait le cul dans la cendre, qu’elle se faisait pourrir par sa marâtre, et que ses demi-sœurs lui cassaient les pieds.
Elle aimait bien ça. Parce qu’elle pouvait faire le ménage. Elle passait le balai et puis elle oubliait tout, en chantant des petites chansons à la con.
- Un jour, mon prince viendra, etc…
Et dire qu’elle avait pu croire à ces conneries.

Alors la fée rien-du-tout lui tapa sur la tête.
Et la cigarette de Cendrier commença à faire un bruit épouvantable.
Elle grossissait, elle grossissait dans sa main, et elle se métallisait.
Au bout du moment, Cendrier s’aperçut avec stupeur qu’elle tenait dans la main… le tuyau d’un aspirateur.
Sa couronne coula sur sa tête et se transforma en un fichu noué autour de son cou.
Sa robe rétrécit et prit l’aspect d’un petit tablier bleu tendre.
Ses mains sécrétaient une matière gélatineuse rose. Du latex. Un peu comme les mains de Spiderman. Sauf que le latex formait comme une sorte de membrane qui épousait parfaitement sa peau, et formait des gants. Des gants de latex sur mesure.
Des gants Mappa quoi.
Ca y est, la fée rien-du-tout avait exaucé son vœu.
Elle n’avait plus du tout l’allure d’une princesse.
A une femme de ménage, qu’elle ressemblait. C’est tout .

Oui mais Cendrier ne savait pas quoi nettoyer dans son château. Le prince charmant embauchait des intérimaires pour faire le ménage, qu’il payait grassement, avec des chèques emplois-services.  
Alors la fée rien-du-tout lui tapa à nouveau sur la tête avec sa baguette magique. Et elle se trouva télé-transportée dans la suite 425 de l’hôtel George V à Paris.

Cette suite avait été occupéé la veille par un chanteur de rap à la mode, un certain Joey Starr. Alors on peut dire qu’il y avait du boulot là-dedans.
Cendrier était ravi.
Elle aimait quand il y avait le bordel. Au moins elle avait l’impression de servir à quelque chose.
Elle commença à s’atteler à son ménage, en chantant les petites chansons d’antan, des petites chansons de midinette :
- Un jour, mon prince viendra…
Et dire que ça avait fait un tube à l’époque.

Elle en était à essayer de ravoir une flaque de vomi sur la tablette de nuit, quand elle vit apparaître dans l’embrasure de la porte la plus belle femme de ménage qu’elle n’ait vu de sa vie.
D’ailleurs pour ce genre de femmes, on ne dit pas « femme de ménage ».
On dit « technicienne de surface », c’est plus classe.
Et cette « technicienne de surface » était si belle que nous l’appellerons désormais « la technicienne de surface charmante ».
Elle s’adressa à Cendrier en ses termes !
« Oh mais tu déconnes là, dit-elle, c’était moi qui devait faire la 125 !
- S’il vous plait, supplia Cendrier, laissez-moi faire le ménage dans cette chambre. Je m’amuse tellement !
- C’est comme tu veux, répondit la technicienne de surface charmante, mais ça va te donner plus de travail ! »
Et elle alla s’allonger sur le lit, alluma une cigarette tout en regardant Cendrier travailler.
Pour finir, elle s’endormit.

Cendrier s’éclatait. Elle avait nettoyé la cocaïne qui traînait sur les montants du lit, les restes de Nutella qui tâchaient les rideaux. Elle avait réussi à faire partir les tâches de whisky-coca qu’il y avait sur la moquette. Elle avait re-bouché les impacts de balles qu’il y avait sur les murs. La suite 125 de l’hôtel George V était comme neuve.

Harassée de fatigue, elle alla s’allonger aux côtés de la technicienne de surface charmante.
Elle alluma une cigarette. Et pour la première fois de sa vie, elle eût envie presque automatiquement de l’éteindre.
Un sentiment étrange l’envahissait.
Elle ressentait quelque chose quelque chose qu’elle n’avait jamais encore ressenti jusqu’à alors.
De l’attraction pour une femme.
Cette femme l’attirait.
C’était peut-être pour cela qu’elle était malheureuse au fond, Cendrier.
Peut-être que ce n’était peut-être pas un prince charmant qu’elle attendait au fond.
Peut-être que c’était tout simplement une technicienne de surface charmante, tout simplement.
Elle venait de découvrir sa vraie nature sexuelle.
Elle était lesbienne, et elle n’y pouvait rien.

Elle alla se lover contre ce corps endormi.
Et la technicienne de surface charmante se réveilla doucement.
Poussées par les mêmes inclinations, les deux femmes s’embrassèrent…
Et là, la censure m’empêchent de vous raconter la suite.
Disons qu’elles sombrèrent toutes deux dans un sommeil très doux.

*

Mais à 18h30, Cendrier se réveilla.
Horrifiée, elle voyait sur son corps une robe de princesse.
Elle sentait sur sa tête une couronne de princesse.
Elle ne pouvait pas apparaître devant la technicienne de surface dans cet état.
Elle décida de s’enfuir.

La technicienne de surface charmante se réveilla un peu plus tard, vers 23h15.
Elle découvrit la place laissée vide par Cendrier.
Il n’y avait plus rien à la place de son amoureuse.
Rien, si ce n’est un petit gant en latex rose.
Un gant Mappa.

C’était la plus petite taille des gants Mappas. C’était même un gant Mappa qui n’existe pas dans le commerce.
La technicienne traversa moultes contrées, alla dans moultes agences d’intérim pour faire essayer ce gant.
Mais il n’allait à personne.
Elle décida de le nouer à un petit lacet en cuir, et à le porter sur son cœur, en souvenir de cette femme qui avait nettoyer la suite 125 à sa place.

*

Entre-temps, le prince charmant, lassée sexuellement de celle-ci, décida de congédier sa dernière intérimaire. Il lui avait fait l’amour dans toutes les pièces du château, il avait besoin de nouveauté. Il appela l’agence, et elle lui fournit une nouvelle femme de ménage. Sauf que pour ce genre de femme de ménage, il vaut mieux dire « technicienne de surface ».
Elle lui apparut, dans l’embrasure de la porte, et il fut émerveillé par tant de beauté.
Mais l’émerveillement laissa place à la surprise quand il vit Cendrier s’approcher d’elle et lui tendre sa petite main.
Et la surprise laissa place à la stupeur, quand il vit la technicienne de surface sortir de son sein un gant Mappa.
Et la stupeur laissa place à l’effroi, quand il vit qu’elle fit essayer ce gant Mappa à Cendrier.
Il lui allait parfaitement.
Il lui allait… ben… comme un gant quoi.
Et l’effroi laissa place au dégoût, quand il vit leurs lèvres se réunir dans un baiser sublime.

- Bon… heu… j’y vais, fit-il.

Et là je suis coincé. Je pourrais dire « elles furent heureuses » mais de là à avoir beaucoup d’enfants faut pas exagérer quand même.
Disons qu’elle eût la garde des petits en semaine. Lui il pouvait les voir le week-end.
Quand à elles deux, bien sûr qu’elles furent heureuses.
Elles furent heureuses, et elles adoptèrent un chat… un chat botté, évidemment.


Jordi, tordeur d'histoires
"D'autres contes sont possibles", grimm, perrault, andersen revisité à la sauce altermondialiste 0681024486
 contisa
 Administrateur
 Messages postés : 1990
 contisa
  Posté le 02/12/2005 13:43:28
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Je ne l'ai pas encore lu... mais déjà merci du cadeau!!! smile/pdevil.gif

...Nous avons toujours tenté de faire croire qu'il existait des bêtes plus féroces que nous...
 georges
 Messages postés : 146
 georges
  Posté le 02/12/2005 16:46:28
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Mappa  role il en jette se conte
Jordi  à peine Grimm "é" nous dévoile les travers de porc, enfin du Prince charmant "made in cochonou"
Ya pas de fumée sans feu nous dit Cendrier, mais ya pas non plus de chaumière sans "drier" ou de cheminée comme vous le souhaitez !!!
En espèrant une suite à la 425, heureusement que ce n'était pas le Ritz j'aurai craint le pire avec "monsieur Paul" conducteur du carrosse, attention au 3ème pilier "monseigneur !!!"
Enfi "bref" ( liquide) celui qui marche de paire, avec mappa bien sûr!!!
qu'elle belle histoire d'amour !!! Cette technicienne de surface savait brosser dans le sens du poil !!! sans négliger le moindre recoin !!!

courage camarade

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