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| Auteur : | Sujet: La magie chez les Rrom... | Bas |
| contisa Administrateur Messages postés : 1963 ![]() |
Histoire d'une naissance Rom dans les années 50 : L'Oeuf et l'Enfant Merci à Isha: http://levurdondisha.grafbb.com/ Il ne faisait pas trop froid pour un avril des Carpathes. Il n'y avait que six wagô (roulottes) dans cette bribe de Kumpania ; en 195... Les Roms plus que jamais prenaient les petites routes, car les autorités roumanes les parquaient dans des camps pour les "fixer"et en faire de bons ouvriers dans le pétrole. Inutile de dire que, malgré le camarade Premier Secrétaire Georges Georgiu-Dej, ce joli programme n'a pas réussi à "fixer" les Roms de Roumanie. Ils ont mis un tel bazar dans l'administration qu'on a préféré les ignorer, après dis ans. Mais en 195..., on ne le savait pas encore ; l'humeur tsigane était du plus beau noir, c'est-à-dire que les Romxs descendaient en spirale l'escalier des mémoires futures pour échapper à la dureté des temps. Cependant comme une pousse verte, une petite joie gaillarde cheminait avec nous. Lali -une Romni de seize ans - attendait un enfant, son premier. Les événements s'étaient précisés dans la nuit ; étant la drabarni du groupe, j'avais comparé la lune et lali dans leurs formes. On avait préparé beaucoup de vieux linges très fins et très secs (passés au feu), et ralenti les chevaux. Au milieu de la matinée, je sortis impérieusement du wâgo où Lali vivait seule depuis six semaines (sauf les visites de ses soeurs, et là on aurait dit un harem en folie, rien qu'aux rires). Lali apparut ensuite, les yeux furieux -car elle était à jeun depuis bientôt quatre jours, excepté quelques tisanes- et l'air plus indien que jamais. Elle descendit en crabe l'escabeau qu'on aviat posé devant la porte à battants de la wâgo, les mains autour de son ventre en oeuf sous la grosse jupe à fleurs, les cheveux lissés et les cils brillants. Moi la drabarni, ordonnai à un petit garçon d'aller avertir, les hommes et à un autre d'aller "chercher l'arbre" et à partir de là tout commença. Les hommes, tous (en tête était le rom de Lali, qui tenait à peine sur ses jambes vu l'anesthésique (Anesthésique à haute teneur en alcool, à prendre par la bouche) qu'on lui avait administré pour clamer ses douleurs et angoisses -je parle de son Rom et non de Lali) s'en allèrent à travers champs jusqu'à perte de vue. La tradition met en effet un interdit absolu sur la présence masculine à un accouchement. L'autre garçon, à la tête d'une escouade d'enfants "cherchait l'arbre" : celui à l'abri de la route, dont une branche plus ou moins horizontale permettrait à Lali de rester debout, en s'y accrochant, et à son chavo de naître comme un homme. Toutes les femmes habillées comme les plus grands jours de fête, sortirent en protant du sel et de l'eau, fermèrent solennellement les wâgos et suivirent Lali, qui marchait seule en tête, à travers les champs jusqu'à l'arbre trouvé. Et nous chantions des Rituels. Le Rituel de naissance des Roms n'est jamais divulgué. Cela ne ressemble pas à la musique hongroise ou russe ; mais plutôt à une mélopée populaire du nord de l'Inde ; pendant ce temps aussi, des interjections jaillissaient du groupe, vers Lali. Elle toruva la branche, en éprouva elle-même la solidité, et empoigna à deux mains fermes l'écorce qui lui communiquait la force de l'arbre. Elle était ainsi debout, les jambes à peine pliées, et ne montrant un visage radieux, nous cria quelques plaisanteries des plus vertes. On était là, environ dix-huit ou vingt femmes, y compris Netchaphoro, une petite de treize ans qui allait participer à sa première naissance : l'équivalent d'une initiation. On s'assit en cercles autour de l'arbre, étroitement, et on commença à chanter le "rituel rapproché", celui qui serait repris sans arrêt jusqu'à ce que la naissance fût accomplie, c'est-à-dire le fertile ventre vidé. Le voici : "Anro, anro hin olkes Te e pera hin obles Ara, chavo, sastovestes ! Devla Devla tut akharel." On l'a chanté pendant dix heures. On s'est relayées tout près de Lali - un peu de sueur au front à enlever, tendrement ; les bras à lui masser, ou le dos - attention. Pas massage doux. Frotement rude. Parfois Lali s'est assise, l'air un peu fatigué. Toutes les mères ont raconté leurs mises au monde, avec un mélange de doux conseils et de vantardises éhontées. Lali riait plus fort que toutes les autres. Pendant ce temps, deux ou trois chantaient toujours le rituel. A un moment Lali a ri un peu fort et, assistée de la tante de Lali, et de la mère de son Rom, j'ai recueilli les eaux de la délivrance adroitement, sous les jupes baissées. On a toutes poussé en choeurs, et on a toutes chanté : "Anro, anro hin olkes Te e pera hin obles Ara, chavo, sastovestes ! Devla Devla tut akharel." Sauf, de temps à autre, un encouragement, une appréciation ressemblant davantage à un "piropo" de gitans qu'à n'importe quoi d'autre. (Compliment ou jeu de mots tourné avec humour et fantaisie, particulier au Gitanos de Catalogne ou d'Andalousie) Lali n'a pas eu une seule grimace ; elle chantait aussi. Son chant s'est coupé d'un cri de victoire quand l'enfant est sorti. Un instant j'ai levé les jupes, et on à vu la tête de l'enfant ses épaules et son corps -un instant. Sur les linges doux et passés au feu, je l'ai cueilli d'un tour de main. C'était un garçon. Alors vous pensez : un homme de plus, un mâle qui sortait d'elle, une surprise en somme, qu'une fille ne provoque pas. On a appuiyé sur le ventre de Lali. Elle m'a vouée à tous les Lotcholicos (âmes errantes) -on pouvait lui permettre ça. Enfin, bien nettoyée sous ses jupes, elle s'est laissée tomber à terre. Prise dans nos bras, embrassée, réconfortée, félicitée, elle s'abandonnait pour la seule fois de sa vie contre des corps féminins qui porteraient ou avaient porté la vie. Elle n'a pas pleuré. J'ai sangloté pendant un grand moment. Je suis rentrée à cinquante mètres derrière mes soeurs, exaltée au possible, récupérant ma dignité comme je pouvais. Et me rappellant le rituel : "Anro, anro hin olkes Te e pera hin obles Ara, chavo, sastovestes ! Devla Devla tut akharel." L'oeuf, l'oeuf est rond Tout est rond Enfant, apparais en santé Devla, Devla Del t'appelle. Donner la vie, ouvrir des chemins, me met toujours dans un état pareil. source : Secrets de Gitans par Tchalaï aux éditions TrajectoirE | |||
| ...Nous avons toujours tenté de faire croire qu'il existait des bêtes plus féroces que nous... |
| contisa Administrateur Messages postés : 1963 ![]() |
Oui Quadri.. il est très beau et plein d'enseignements... le forum d'Isha en est bourré... n'hésite pas à y faire un tour... | |||
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| Quadriconteur Messages postés : 424 Avant je contais pour changer le monde, mais le monde n'a pas changé; alors, maintenant je conte pour que le monde ne me change pas. |
J'en reviens... et je l'ai mis dans mes liens (c'est dire !) |
| contisa Administrateur Messages postés : 1963 ![]() |
Oui elle fait vraiment du beau boulot la donzelle!! c'est une mine d'information sur la culture Rrom... | |||
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