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Posté le 06/11/2007 23:27:21 | | - Emily, va me chercher une livre de sucre. Ne traîne pas en route et ramène la monnaie !
Emily sert les piécettes et s'engage solennellement sur la grand-route qui mène au village. Rien ne pourra la détourner de sa mission, ni le vent qui chante dans le vieux chêne, ni le murmure de l'eau dans la crique du pendu, ni les appels des enfants de la ferme des Hastings. Emily a la mine sérieuse quand elle salue poliment mais briévement les passants, une mine qui n'admet aucune distraction. C'est la première fois que Mère l'envoie acheter quelque chose. Une livre de sucre, ne traîne pas en route et ramène la monnaie se répète-elle inlassablement en égrenant les piéces de cuivre.
Son entrain diminue un peu quand elle arrive devant le drugstore. Elle prend une grande inspiration, et détermine franchit la porte carillonnante. Emily se retrouve bien petite et bien seule dans l'animation du magasin. Bonjour, je voudrais une livre de sucre s'il vous plaît, pense-t-elle en esquissant mentalement une révérence.
Mr Traub le propriétaire la regarde avec bienveillance.
- Bonjour Emily. Te voilà donc assez grande pour faire les courses.
- Bonjour Monsieur Traub murmure la petite fille.
- Eh bien, qu'est-ce que ça sera ?
- Euh, je voudrais, une livre de sucre, récite-t-elle si précipitamment et si bas que l'épicier devina plus qu'il ne comprit.
- Une livre de sucre, répéte le vieil homme. Ca fera 8 pences tout rond annonçe-t-il en tendant à Emily un lourd sac de papier.
Emily n'est pas sûre de pouvoir trouver huit pences alors elle glisse tout son trésor dans la main de Mr Traub. Ce dernier examine chaque pièce une à une en comptant à haute voix puis finit par en rendre deux à Emily.
- Bien le bonjour à tes parents petite. Ne traîne pas en route et ramène bien la monnaie.
Emily ressort le coeur léger, finalement ça n'était pas si difficile. Le soleil est encore haut dans le ciel quand la petite fille reprend la grand-route. Maintenant elle est bien plus disposée à bavarder avec les passants et manque même de renverser le sucre en courant vers la ferme des Hastings, tant elle a hâte de raconter son aventure à ses amis James et Peter. Les enfants s'intéressent quelques instants au précieux sac de papier et aux deux piécettes puis entraînent Emily vers l'étable. Les veaux sont si amusants qu'on ne se lasse pas de jouer avec eux. Sans le rappel de Mme Hastings Emily aurait presque oublier de rentrer. Le jour commence pourtant à baisser et la fillette doit partir.
Elle repart donc, en serrant le gros sac et en jouant avec les deux pences. Soudain, un éclair rouge croise son chemin pour disparaître dans la crique du pendu. Emily pousse un cri de joie et se précipite à la poursuite du cardinal. Si elle réussissait à trouver une plume, quelle chance ce serait! La fillette commence à explorer les moindres recoins de la crique. Un cardinal est un signe d'amour et ses plumes portent bonheur, elle donnerait n'importe quoi pour en trouver une. Emily dérange les larges papillons, fouille parmi les herbes, va jusqu'à retourner les cailloux, au cas ou, mais elle doit bien se rendre à l'évidence. Pas de plume, et le soleil si bas lui rappelle qu'il est grand temps de rentrer.
Emily abandonne la crique à regret. La maison n'est plus très loin, et elle pense que Mère sera contente d'elle, qu'elle pourra toujours revenir chercher demain. Une livre de sucre, ne traîne pas en route, ramène la monnaie chantonne-t-elle.
Ramène la monnaie! Les deux pences ont disparus! Elle a du les perdre en fouillant la crique. Emily panique, si elle rentre sans l'argent elle sera punie et ses parents se repentiront de lui avoir fait confiance. Elle doit absolument retrouver les pièces.
La voilà courant de toutes ses forces vers la crique, cherchant désésépérement dans la pénombre. Il fait déjà si noir qu'elle doit plisser les yeux pour bien voir. Elle se démène mais les pièces demeurent introuvables. Emily commence à trembler un peu. Il fait froid et elle va devoir rentrer sans la monnaie.
Dans l'obscurité, la crique du pendu est méconnaissable. Des bruits étranges font sursauter la fillette, des racines la font trébucher. Elle ne trouve plus la grand-route qui devrait pourtant être là. Emily tourne en rond en essayant de ne pas pleurer.
- Maman, appelle-t-elle doucement, Maman!
La petite fille s'accroupit et se met à sangloter. Son visage froisse le sac de papier, elle trempe un doigt hésitant dans le sucre blanc. Le goût lui rappelle le café au lait du matin.
- Maman, je veux le matin, gémit-elle.
Entre ses larmes, Emily voit soudain briller une petite boule sur une branche, comme une petite étoile. Son chagrin dissipé par cette étrange lumière, elle cligne des yeux et s'approche prudemment.
- Est-ce que tu es le matin petite boule ?
La lumière disparaît aussitôt. Emily sent qu'elle va recommencer à pleurer.
- Reviens, supplie-t-elle. S'il te plaît! Je te donnerais du sucre, s'il te plaît.
La lueur réapparaît un peu plus près. D'autres s'allument timidement tout autour de la fillette, s'éteignant lorsqu'elle tente de les attraper.
Emily n'a presque plus peur, elle voudrait jouer un peu avec ces petites étoiles bleutées. Le sac de papier la retient.
Si vous êtes des matins, s'il vous plaît ramenez moi à la maison. Je suis perdue vous savez confie-t-elle.
Les lumières se rassemblent autour de la fillette. L'une d'elle brille très fort, si fort qu'Emily est comme hypnotisée. En s'approchant elle ne voit qu'une toute petite boule qui rayonne sur deux pièces jaunies. Elle tend aussitôt la main et la lumière s'éteint. A tâtons, Emily réussit à remettre la main sur ces deux pences.
Les autres lumières se sont envolées et Emily décide de les suivre. Elle n'a plus peur du tout maintenant qu'elle a retrouvé sa monnaie. Les lumières se dirigent vers une grande ombre. La fillette n'arrive pas à s'en détacher.
- Emily!
La voix tranche l'air et affole les lumière.
- Emily, je t'avais dit de ne pas traîner en route !
- Maman! Maman, j'ai les pièces et le sucre, et il y a eu le cardinal, et j'ai appelé le matin. Maman regarde! Pleure Emily en montrant les lumières.
La mère se penche doucement vers sa petite fille et murmure en l'embrassant.
- Ce sont des lucioles Emily, des lucioles.
Des années plus tard, Emily ne s'est toujours pas lassée du ballet des lucioles, de la danse des petites lumières s'assemblant autour du vieux chêne, grimpant lentement le long du tronc, s'élevant dans le feuillage menaçant jusqu'à se fondre dans le ciel de l'été.
- Ce sont des petits matins qui s'envolent dit-elle à qui veut l'entendre. Des matins lumineux.
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