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forum Index du forum forumLes contes que nous aimons forumle poisson magicien ( Conte Vietnamien )

Auteur : Sujet: le poisson magicien ( Conte Vietnamien )  Bas
 tartemuche
 Messages postés : 192
 En Europe nous avons les montres
et en Afrique, ils ont le temps !
 tartemuche
  Posté le 27/02/2007 23:05:35
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Le poisson magicien

Siên Lo était un pauvre orphelin. Ses parents ne lui avaient rien laissé en mourant, et il devait donc s’estimer heureux d’avoir été engagé comme serviteur par le riche So San. Mais il devait travailler très dur pour chaque bouchée qu’il recevait, et les coups de bâton étaient souvent plus nombreux que les bols de riz. Les choses ne changèrent pas quant Sien Lo devient un grand et robuste garçon : on lui donna simplement plus de travail et plus de raclées.

http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/coffretresor.gif So San était, de loin, l’homme le plus riche de toute la contrée. Il possédait des coffres pleins d’argent, mais cela ne lui suffisait pas. Il n’avait jamais assez. Sa femme, en revanche, était bien différente : elle avait bon cœur et souffrait de voir Siên Lo traité avec une telle dureté. Elle lui donnait de temps à autre de bons morceaux, en secret, mais quand son mari l’apprenait il les frappait tous les deux.

Quand So San se rendait au marché de la ville voisine, il emmenait généralement Siên Lo pour lui servir de porteur. Un jour, il acheta un poisson à un marchand et ordonna au jeune homme de rentrer seul à la maison tandis qu’il buvait encore un gobelet ou deux d’alcool de riz à l’auberge.

Siên Lo s’éloigna à pas lents, une lourde charge sur le dos et le poisson à la main. Chaque fois qu’il posait les yeux sur le poisson, il lui semblait que celui-ci pleurait. Et plus il avançait, plus le pauvre l’emplissait de pitié.  

  Oui, on ne peut pas dire que la vie nous soit facile, murmura-t-il au poisson comme s’il pouvait le comprendre. A la maison ne m’attendent que la faim, la misère et les coups. Et toi, ce qui t’attend, c’est l’estomac insatiable de notre maître. Comment le Ciel peut-il permettre tant d’injustice ?


Comme ils arrivaient au bord de la rivière, Siên Lo prit une décision soudaine et annonça à son compagnon d’infortune :  

http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/poissonrelache.gif  Moi, personne ne peut plus me venir en aide. Mais toi, tu mérites au moins d’avoir la liberté !

Et il remit le poisson à l’eau.


Quand So San rentra chez lui, le soir, il réclama aussitôt le poisson.

Siên Lo tremblait de tous ses membres, mais il avoua avec franchise :

  Pardonne-moi, maître, mais ce poisson m’a fait tant de peine que je l’ai remis dans la rivière.  

Alors So San secoua le garçon comme un prunier, le battit comme plâtre et le chassa de sa maison.

Siên Lo, aveuglé par les larmes, distinguait à peine le chemin qu’il suivait. Qu’allait-il devenir ? Il ne possédait pour tout bien que des haillons rapiécés et de vieilles sandales trouées. Qu’allait-il manger, où allait-il dormir ? So San était rancunier ; nul doute qu’il s’arrangerait pour que personne ne veuille prendre le jeune homme à son service. A son insu, les pas de Siên Lo l’entraînèrent jusqu’à la rivière.


Il s’assit sur la berge et contempla l’eau, désespéré. Et voilà qu’une jeune fille se tint brusquement devant lui, comme tombée du ciel.
 Que t’arrive-t-il, Siên Lo ? Pourquoi es-tu si triste ? lui demanda-t-elle avec compassion.  
http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/bellefille.gif  Comment se fait-il que tu me connaisses ? s’étonna le jeune homme en se hâtant d’essuyer les larmes.  
  Réponds-moi d’abord ! répliqua la jeune fille dans un éclat de rire. C’est moi qui t’ai interrogé la première.    



Soudain, Siên Lo fut pris de l’envie irrépressible de confier ses malheurs à quelqu’un ; il accepta donc d’épancher son cœur.  
  Et tu n’as encore jamais songé à te marier, toi qui es si seul ? s’enquit la jeune fille quand il eut terminé son récit.  
  Ah, qui pourrait bien vouloir d’un pauvre miséreux de mon espèce ! soupira Siên Lo.  
  Je me charge de régler cette question. Il te suffit de me dire quelle est la femme qui te plaît.  
  Si au moins j’en connaissais une ! rétorqua le jeune homme qui ne put s’empêcher de rire. Toute ma vie, je ne suis pratiquement jamais sorti de la maison de So San. A bien réfléchir, l’épouse de So San est la seule femme que j’aie jamais fréquentée. Et elle est également le seul être humain qui m’ait montré de la bonté… ajouta-t-il tristement ;  
  N’aimerais-tu pas te marier avec elle ? Est-ce qu’elle ne te plaît pas ? insista la jeune fille.  
  Que racontes-tu là ? s’exclama Siên Lo, affolé. Je viens de te dire qu’elle est l’épouse de So San. Elle est déjà mariée !  
  Et alors ?  
Le jeune homme se mit presque en colère.  
  Mais qui es-tu donc, à la fin, pour tenir de tels discours ? demanda-t-il d’un ton méfiant.  
  Je suis le poisson à qui tu as sauvé la vie. Et maintenant je vais te récompenser.  
Alors d’étranges choses se produisirent : le ciel se couvrit de nuages noirs, l’eau de la rivière se mit à écumer et à tourbillonner, et la jeune fille tendit à Siên Lo une écaille de poisson.  
Jette-la sur le sol ! ordonna-t-elle.  

http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/palais.gif   Siên Lo obéit.
Avant qu’il ait pu se rendre compte de quoi que ce soit, il se trouvait dans la cour d’un palais somptueux. Les murs étaient de bois précieux, et sculptés avec tant d’adresse qu’on aurait dit de la dentelle. Des piliers élancés d’un rouge sombre soutenaient un toit bleu comme l’azur. Des dragons et des phœnix d’or en ornaient le faîte. Devant le palais, des jardins contenaient les fleurs les plus merveilleuses et des arbres chargés de fruits rares. Au-delà s’étendait un parc, avec un petit lac dont les rives étaient plantées d’arbres-feu. Des écuries et des étables montaient les hennissements des chevaux et le beuglement des bœufs. Siên Lo se regarda alors, et son étonnement grandit encore : il était vêtu d’une somptueuse robe de brocart à larges manches, et de magnifiques pantoufles en soie. La belle étrangère s’approcha de lui, portant un plateau couvert de mets délicieux.  

  Maintenant, ordonna-t-elle, rends-toi chez So San et invite-le à partager ton repas. Et surtout, n’oublie pas : à tout ce qu’il te dira ou te demandera, ne réponds que par un seul mot, OUI !





Quand  So San vit paraître Siên Lo devant lui, il ne put en croire ses yeux : il venait de mettre le jeune homme à la porte, en haillons, et voilà qu’il se représentait vêtu comme un prince, pour l’inviter à dîner dans son palais ! mais sa stupeur ne connut plus de bornes quand il découvrit les richesses et le luxe qui entouraient son ancien domestique.

  Cette maison est vraiment la tienne ? s’enquit-il, tenaillé par le doute.  
  Oui, répondit Siên Lo ainsi que le lui avait commandé sa bienfaitrice.  

So San déambula à travers les pièces du palais, soupesa la vaisselle d’or et d’argent, palpa fébrilement les brocarts et les soies les plus fines qui emplissaient les coffres. Puis la jeune fille entra et dressa le couvert.  
  Est-ce ta femme ? demanda le riche, subjugué.  
  Oui, répondit Siên Lo.  

Ils se mirent à table, mais So San n’appréciait pas les mets exquis.

  Un miséreux de rien du tout. Il est maintenant beaucoup plus riche que moi ! ne cessait-il de penser. Et quelle femme superbe ! C’est peut-être bien une immortelle…  

Puis, incapable de se contenir davantage, il annonça d’un ton résolu :  

  Tu sais que je me suis occupé de toi comme de mon propre fils, quand tes parents t’ont laissé sans ressource. En conséquence, tu me dois respect et obéissance comme un fils envers ses parents. Il est temps que tu me rembourses ta dette !  
  Oui, répondit docilement le jeune homme.  

Le fait qu’il ne proteste même pas finit d’enflammer la rapacité de So san. Pourquoi se contenterait-il d’une partie de ces richesses s’il pouvait les avoir toutes ?

  Puisqu’il en est ainsi, Siên Lo, nous allons échanger nos maisons et nos femmes, déclara-t-il avec fermeté.  

Siên Lo se remémora l’ordre de la jeune fille et accepta encore.




Fou de joie, So San se fit apporter sur-le-champ du papier et un pinceau et commença à tracer des signes déliés.  


  Nous allons passer un contrat, marmonna-t-il, grisé par son succès. Ce qui est écrit noir sur blanc, personne ne peut plus le contester !  
A peine le contrat fut-il signé, que So San éclata d’un rire mauvais et cria à Siên Lo :

  A présent, déguerpis en vitesse de mon palais !  

Siên Lo alla chez So San. Quand la femme de ce dernier apprit la décision de son mari, elle déclara :  

  Je suis heureuse de ne plus être tenue de vivre avec cet homme cruel et cupide. Désormais sa maison est la tienne, Siên Lo.




http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/coeurcouple.gif Siên Lo épousa donc la jolie jeune femme de So San et vécut avec elle, heureux et content, jusqu’à la fin de ses jours. So San, de son côté, s’était tout d’abord réjoui du mauvais tour qu’il avait joué à Siên Lo.  
   Je possède à présent la maison la plus grande et la plus somptueuse que l’on puisse imaginer, sans parler de la plus belle des femmes ! s’exclama-t-il fièrement.  
Mais son bonheur fut de courte durée : une force étrange le souleva, l’emporta dans un tourbillon, et avant qu’il ait pu comprendre ce qui lui arrivait il se trouva sur un rivage inconnu.




http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/femmepoisson.gif Le ciel se couvrit de nuages noirs, le palais, le jardin et le parc disparurent pour laisser place à une écaille argentée, et la nouvelle épouse de So San se changea sous ses yeux en un poisson frétillant.  



Après quoi l’eau de la rivière se mit à bouillonner furieusement et monta en grondant à l’assaut de ses bergers. So San voulut s’enfuir en courant, mais les flots le rattrapèrent vite et l’entraînèrent dans leurs profondeurs.


http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/retour.gif "L'argent vient le matin et s'en va le soir" (Écrivain égyptien Taha Hussein)http://perso.orange.fr/contesdumonde/contes/fantastiques/images/poisson/retour.gif

 contisa
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 Messages postés : 1963
 contisa
  Posté le 28/02/2007 18:21:34
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Ho!!! Merci Roger... et avec illustrations en plus... c'est du luxe ça!!!

...Nous avons toujours tenté de faire croire qu'il existait des bêtes plus féroces que nous...

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