FORUM, Forum Discussion, Forum Gratuit, Nom de domaine, Nom de domaine gratuit, Redirection gratuite,

Forum Contes et Léz\'arts Administrateurs :contisa
Forum Contes et Léz\'arts
Non connecté | Se connecter
en ligne : Il y a 5 connectés. Cliquez pour voir la liste
Inscription Inscription | Profil Profil | Messages Privés Messages Privés | Recherche Recherche | Online Online | Aide Aide | Créer un blog gratuit

forum Index du forum forumContes de Régions forumLe Semeur de vent (Provence) de la part de Kishar

Auteur : Sujet: Le Semeur de vent (Provence) de la part de Kishar  Bas
 contisa
 Administrateur
 Messages postés : 1955
 contisa
  Posté le 02/03/2007 12:39:13
Send a private message to contisa
un conte traditionnel de Provence
Le Semeur de vent

Bien qu'il soit le maître des vents, le mistral n'est pas seul à balayer de son
souffle les terres de Provence. Ainsi, on raconte que la ville de Nyons
souffrait autrefois d'une sécheresse si terrible que ses habitants se rendirent
à Arles, afin de prier un certain Césaire de leur venir en aide et de leur
apporter un peu de fraîcheur.

Pris de compassion devant la mine désolée des habitants de Nyons, dont les
champs ressemblaient à un désert aride, dont les ânes, les chiens et les
nouveau-nés mouraient comme des mouches, dont les ruisseaux et la rivière
avaient cessé de chanter, dont les puits n'étaient plus que des gouffres sans
fond, Césaire, que l'on qualifiait de saint homme depuis qu'il avait accompli
quelques prodiges de bonté, décida de prendre les choses en main.
Il s'en fut d'abord constater sur place les dégâts et, pris lui-même de malaise
dans la fournaise infernale qu'était devenue la vallée, il s'en fut par les
routes et les sentiers à la recherche d'un souffle frais.
Il marcha longtemps, les vêtements trempés de sueur, les pieds gonflés de
fatigue et couverts de la poussière des chemins. Ses pas le conduisirent enfin
en un lieu tout planté de résineux. Etait-ce la présence des arbres ? il s'y
sentit bien comme par un matin d'avril. En s'asseyant sur une racine affleurant
le sol, Césaire comprit que l'ombre n'était pas seule responsable du bien-être
qui l'envahissait. Un vent léger serpentait entre les troncs, faisant vibrer les
branches comme les cordes d'un instrument de musique... Alors, le voyageur
réalisa qu'il était parvenu au bout de son errance. Écoutant la mélodie subtile
qui tanguait et enflait autour de lui, il murmura :
- Comme la chanson de cette brise est douce ! On dirait celle d'une cithare...
Ses paroles s'envolèrent sur un tourbillon d'aiguilles de pins dans un fin rayon
de soleil. Et il lui sembla lire en elles le nom de cet endroit magique :
Citharista. Puis les lettres du mot dansèrent, montant au ciel à travers les
brindilles et redescendant en piqué comme une escadrille d'abeilles. Elles
valsèrent un moment, avant d'atterrir doucement sur un monticule de sable, où
elles s'éparpillèrent, se mélangèrent et s'assemblèrent en un nouveau nom
déformé : Ceyreste. Césaire eut à peine le temps de le prononcer, qu'elles
s'effacèrent soudain, dans le souffle venu de la mer toute proche.
Afin de ne pas les laisser disparaître à tout jamais, le voyageur retira l'un de
ses gants et tenta de les y récupérer. Le vent s'engouffra dans l'étui de peau
et Césaire, aussitôt, le referma et le lia avec un lacet de cuir.
Bien qu'il eut beaucoup de peine à repartir de cet endroit idyllique  il se
remit en marche en direction de Nyons. La route était longue et il craignait que
la sécheresse persistante n'y eût décimé tous les habitants. Aussi, afin d'y
retourner plus vite, tenta-t-il d'arrêter sur la route un charretier qui passait
par là, transportant des bottes de foin :
- Brave homme, emmène-moi dans ta carriole avant que ne meurent les gens à qui
je dois ramener ce gant.

- Qu'y a-t-il dans ce gant ? demanda le charretier.
- De la graine de vent.
- Du vent ? Tu te moques de moi... Puisque c'est comme ça, je ne te prendrai ni
sur le banc à côté de moi ni sur mes bottes de foin.
Et le bonhomme s'éloigna.
Un peu plus loin, Césaire croisa un cavalier et le pria de l'emmener :
- Brave homme, emportez-moi en croupe sur votre cheval avant que ne meurent les
gens à qui je dois ramener ce gant.
- Et qu'y a-t-il dans ce gant ?
- De la graine de vent.
- Du vent ? Tu te moques de moi... Ce gant doit contenir des pièces d'or et bien
d'autres choses précieuses. Donne-le moi, si tu veux que je t'emmène.
Et, devant le refus de Césaire, le cavalier partit au grand galop. Avant de
reprendre sa route, le voyageur ôta le second de ses gants, le remplit de
pierres  et le mit dans sa poche. Un peu plus loin, il croisa un garçon, monté
sur une mule. Et il lui demanda :
- Brave homme, peux-tu m'emmener sur ta mule avant que ne meurent les gens à qui
je dois rapporter ce gant ?
- Et qu'y a-t-il dans ce gant ?
- De la graine de vent.
Le garçon éclata de rire en brandissant un couteau :
- Du vent ? Je ne te crois pas. Ce gant est tout gonflé de ducats. Donne-le moi
!
Aussitôt, Césaire sortit de sa poche le second de ses gants et le tendit au
brigand en disant :
- Regarde : mon premier gant est peut-être gonflé mais il est tout léger,
léger... Prends plutôt celui-là, il est vraiment lourd de ducats, de bijoux et
de pierres précieuses...
Méfiant, le garçon descendit de sa monture afin de s'emparer du gant de cailloux
et de le soupeser. Césaire en profita pour sauter sur la mule et pour s'en
aller, portant son gant empli de graine de vent.
Quand il arriva enfin à Nyons, le ville se trouvait dans un état de désolation
indescrïptible. Les rares habitants qui avaient survécu à la canicule vinrent à
sa rencontre et lui demandèrent :
- Alors ? Tu nous a ramené du vent ?
- Le voici, répondit le voyageur en montrant son gant.
La bouche desséchée, les veux exorbités, les gens eurent encore la force de se
mettre en colère :
Tu te moques de nous ? À supposer que tu aies réussi à y emprisonner le
moindre souffle d'air, ce gant contient à peine de quoi donner une bouffée à un
petit enfant. Tu nous a trahis, va-t-en !
- Très bien, répondit Césaire en jetant son gant contre un rocher brûlant sous
le soleil torride.
Il n'eut pas plutôt accompli son geste que la pierre se fendit en un craquement
gigantesque. Des profondeurs du sol monta alors un souffre frais, fleurant bon
la terre mouillée par des eaux obscures. Ce vent tout neuf s'élança en volutes
dans la vallée, effleura la rivière sans la traverser, lui redonnant sa mélodie,
longea les murs de la ville en rafraîchissant leurs pierres, s'engouffra dans
ses ruelles, redonnant vie aux chiens et aux nouveau-nés ainsi qu'aux ânes dans
les prés, faisant à nouveau chanter les ruisseaux et clapoter le fond des
puits...
Avant de s'en aller, Césaire baptisa ce vent le Pontias  Et c'est toujours ce
vent qui ne cesse de souffler dans cette vallée, sans se réchauffer, ni en
hiver, ni en été, ni tiède, ni froid, mais toujours là, comme si la mer se
trouvait juste à côté.

...Nous avons toujours tenté de faire croire qu'il existait des bêtes plus féroces que nous...
 Kishar
 Messages postés : 12
 Kishar
  Posté le 02/03/2007 15:58:32
Send a private message to Kishar

le conte Le Semeur de Vent

Source: http://www.contes.net/contes/tradi/pr61.html

kishar

kishar
 contisa
 Administrateur
 Messages postés : 1955
 contisa
  Posté le 02/03/2007 16:28:58
Send a private message to contisa
Super Kishar... merci pour le lien!!

...Nous avons toujours tenté de faire croire qu'il existait des bêtes plus féroces que nous...
 Kishar
 Messages postés : 12
 Kishar
  Posté le 03/03/2007 01:17:03
Send a private message to Kishar
Jarjaille chez le Bon Dieu

LÉGENDE PROVENÇALE
Imitée de Louis Roumieux

par  ; Alphonse DAUDET


Jarjaille, un portefaix de Saint-Rémy, s'est laissé mourir un beau matin et le voilà tombant dans l'éternité... Roule que rouleras ! L'éternité est vaste, noire comme la poix, profonde et démesurée à faire peur. Jarjaille ne sait où aller : il erre dans la nuit, claquant des dents, tirant des brassées à l'aveuglette. À la fin, à la longue, il aperçoit une petite lumière là-haut, tout en haut. Il y va. C'était la porte du bon Dieu.

Jarjaille frappe : Pan ! pan !

« Qui est là ? crie saint Pierre.

– C'est moi.

– Qui, toi ?

– Jarjaille.

– Jarjaille de Saint-Rémy ?

– Tout juste.

– Mais, galopin, lui dit saint Pierre, tu n'as pas honte de vouloir entrer au Paradis, toi qui depuis vingt ans n'es pas une seule fois allé à la messe ! Toi qui mangeais gras le vendredi quand tu pouvais, et le samedi quand tu en avais !... Toi qui, par moquerie, appelais le tonnerre le tambour des escargots, parce que les escargots viennent pendant l'orage... ! Toi qui, aux saintes paroles de ton père : « Jarjaille, le bon Dieu te punira », répondais le plus souvent : « Le bon Dieu ? Qui l'a vu ? Quand on est mort, on est bien mort. » Toi, enfin, qui le reniais et blasphémais à faire frémir ; se peut-il que tu te présentes ici, abandonné de Dieu ? »

Le pauvre Jarjaille répondit :

« Je ne dis pas le contraire. Je suis un pécheur, un misérable pécheur. Mais qui se serait douté, qu'après la mort, il y aurait encore tant de mystères ? Enfin, je me suis trompé, et voilà le vin tiré ; maintenant il faut le boire. Mais au moins, grand saint Pierre, laissez-moi voir un peu mon oncle, pour lui conter ce qui se passe à Saint-Rémy.

– Quel oncle ?

– Mon oncle Matéri, qui était pénitent blanc.

– Ton oncle Matéri ? Il est au purgatoire pour cent ans.

– Pour cent ans !... Et qu'est-ce qu'il avait fait ?

– Tu te rappelles qu'il portait la croix aux processions... Un jour, quelques joyeux copains se donnèrent le mot, et il y en eut un qui se mit à dire : « Vois Matéri, qui porte la croix ! » Un peu plus loin, un autre recommence : « Vois Matéri, qui porte la croix ! » Finalement, un troisième le montre en disant : « Vois, vois Matéri ce qu'il porte !... » Matéri, dépatienté, répliqua : « Ce que je porte ?... Si je te portais, toi, je porterais bien sûr un fier viédaze... » Là-dessus, il eut un coup de sang et mourut sur sa colère.

– Pauvre Matéri... Alors faites-moi voir ma tante Dorothée, qui était si... si dévote...

– Elle doit être au diable, je ne la connais pas.

– Oh ! ben ! si celle-là est au diable, ça ne m'étonne pas. Figurez-vous qu'avec ses grands airs dévotieux...

– Jarjaille, je n'ai pas le temps. Il faut que j'aille ouvrir la porte à un pauvre balayeur des rues que son âne, d'un coup de pied, vient d'envoyer en Paradis.

– Ô grand saint Pierre, d'abord que vous avez tant fait et que la vue n'en coûte rien, laissez-moi le voir un peu votre paradis. On dit que c'est si beau...

– Té ! pardi !... Plus souvent que je vais laisser entrer un vilain huguenot comme toi...

– Allons, grand saint ! Songez que mon père, qui est marinier du Rhône, porte votre bannière aux processions...

– Eh bien ! soit, dit le saint. Pour ton père, je te l'accorde... mais tu sais, collègue, c'est bien convenu. Tu passeras seulement le bout du nez, juste ce qu'il faut pour voir.

– Pas davantage. »

Donc, le céleste porte-clefs entrebâille la porte, et dit à Jarjaille : « Tiens ! regarde... » Mais tout d'un temps virant l'échine, voilà mon Jarjaille qui entre à reculons dans le Paradis.

« Qu'est-ce que tu fais ? lui dit saint Pierre.

– La grande lumière m'aveugle, répond l'homme de Saint-Rémy, il faut que j'entre de dos. Mais, soyez tranquille, selon votre parole, quand j'aurai mis le nez, je n'irai pas plus loin.

– Allons ! pensa le bienheureux, je me suis pris le pied dans ma musette. Et mon gredin est dans le Paradis.

– Oh ! dit Jarjaille, comme vous êtes bien ici ! Comme c'est beau ! Quelle musique ! »

Au bout d'un moment, le saint portier lui dit : « Quand tu auras assez regardé... puis après tu sortiras, je suppose... C'est que je n'ai pas le temps, moi, de rester là.

– Ne vous gênez pas, répondit Jarjaille, si vous avez quelque chose à faire, allez-y. Moi, je sortirai... quand je sortirai. Rien ne presse.

– Ouais ! mais ce n'est pas cela qui avait été convenu.

– Mon Dieu ! saint homme, vous voilà bien ému ! C'est différent, si vous n'aviez pas de large ici... Mais je rends grâces à Dieu ! ce n'est pas la place qui manque.

– Et moi je te dis de sortir, que si le bon Dieu passait...

– Oh ! puis arrangez-vous comme vous voudrez. J'ai toujours entendu dire : " Qui est bien, qu'il s'y tienne ! " Je suis ici, j'y reste. »

Saint Pierre branlait la tête, frappait du pied... Il va trouver saint Yves.

« Yves, lui dit-il, toi qui es avocat, il faut que tu me donnes un conseil.

– Deux, si tu en as besoin, répond saint Yves.

– Tu sais qu'il m'en arrive une bonne ? Je me trouve dans tel cas, comme ça... comme ça... Maintenant qu'est-ce qu'il faut que je fasse ?

– Il te faut, dit saint Yves, prendre un bon avoué, et faire comparaître par huissier ledit Jarjaille devant Dieu. »

Ils cherchent un avoué ; mais des avoués en Paradis, jamais personne n'en a vu. Ils cherchent un huissier ; encore moins.

Saint Pierre ne savait plus de quel bois faire flèche.

Vient à passer saint Luc.

« Qu'est-ce que tu as, mon pauvre Pierre ? Comme tu fais la lippe. Est-ce que Notre-Seigneur t'aurait encore saboulé ?

– Oh ! dit-il, mon homme, tais-toi. Il m'arrive un cas de la malédiction. Il y a un certain nommé Jarjaille qui est entré par surprise en Paradis, et je ne sais plus comment le mettre dehors.

– Et d'où est-il celui-là ?

– De Saint-Rémy.

– De Saint-Rémy ! dit saint Luc. Eh ! mon Dieu ! que tu es bon ! Pour le faire sortir, ce n'est rien du tout... Écoute : je suis, comme tu sais, l'ami des boeufs et le patron des bouviers ; à ce titre, je cours la Camargue, Arles, Nîmes, Beaucaire, Tarascon, et je connais tout ce brave peuple, et je sais comme il faut le prendre.. Ces gens-là, vois-tu, sauteraient dans le feu pour voir une course de taureaux... Attends un peu. Je me charge de l'expédier, ton Jarjaille. »

À ce moment passait par là un vol de petits anges tout joufflus.

« Petits ! leur fait saint Luc, pst ! pst !... »

Les angelots descendent.

« Allez-vous-en doucement dehors du Paradis, et quand vous serez devant la porte, vous passerez en courant et vous crierez comme à Saint-Rémy aux courses de taureaux : " Les boeufs ! les boeufs !... Oh ! té ! Oh ! té ! Les fers ! les fers !... " »

C'est ce que font les anges. Ils sortent du Paradis, et quand ils sont devant la porte, ils se précipitent en criant : « Les boeufs !... Oh ! té !... Oh ! té !... »

En entendant cela, Jarjaille, mon bon Dieu ! se retourne stupéfait : « Troun de l'èr ! Ici, aussi, on fait courir les boeufs ! Vite... vite... » Et il se lance vers la porte comme un fou, et il sort du Paradis, le pauvre !

Saint Pierre vitement pousse la porte sur lui, met la barre, et passant ensuite la tête au fenestron :

« Eh bien ! Jarjaille, lui dit-il en riant, comment te trouves-tu, maintenant ?

– Oh ! réplique Jarjaille, c'est égal ! Si ç'avait été les boeufs, je n'aurais pas regretté ma part de Paradis. »

Et, ce disant, il pique une tête dans l'éternité.




Alphonse DAUDET, La belle-Nivernaise :
histoire d'un bateau et de son équipage, 1903.

kishar




kishar
 contisa
 Administrateur
 Messages postés : 1955
 contisa
  Posté le 03/03/2007 09:08:29
Send a private message to contisa
Kishar... ta participation est riche... ça me fait le plus grand plaisir... mais pour que nous puissions tous en profiter et retrouver tes textes plus tard§... je te conseille de créer un nouveau sujet chaque fois que tu mets un nouveau texte avec en titre de sujet le titre du conte et entre parenthèse... la région de provenance du conte... comme ça... on peut retrouver facilement ce qu'on cherche... sinon ils vont se perdre tes textes les uns à la suite des autres et ce serait vraiment dommage!!

Bisous

Isa

...Nous avons toujours tenté de faire croire qu'il existait des bêtes plus féroces que nous...

forum Index du forum forumContes de Régions forumLe Semeur de vent (Provence) de la part de Kishar
Haut
Aller à :
  Ajouter une réponse rapide

Ajouter une réponse rapide